Partager le regard sur le monde

Deux mots tout d’abord sur la vie d’une galerie. C’est une réflexion qui aurait pu, ou pourrait, au fond, introduire ou accompagner chacun des textes écrits pour annoncer et présenter les expositions de la Galerie La Primaire. Elle ne prétend nullement énoncer quelque chose d’original, mais rappeler et confirmer ce que beaucoup de celles et ceux qui fréquentent La Primaire connaissent. Un moment fort de cette vie est le vernissage: un moment communautaire, où prédominent la découverte et l’échange. A d’autres moments, c’est la rencontre plus personnelle avec l’un ou l’autre des artistes qui prend le dessus, puis le regard contemplatif posé sur l’une ou l’autre œuvre, en dehors de tout va-et-vient dérangeant.

Notre titre s’inspire du texte de l’artiste qui présentera ses travaux dans l’epace Yves-Sandrier. Il s’agit du photographe Christian Girard. Voici ses premiers mots: «Passionné par la beauté esthétique, émotionnelle et l’âme de certains lieux, objets ou personnes, j’ai à cœur d’essayer de transmettre en photo mes sensations, ma vision de notre monde.» «Mes images me racontent sans doute mieux que des mots, un mélange de douceur, de sensibilité, de fragilité, de sérénité, avec une recherche esthétique. Elles présentent des moments d’exception, pendant lesquels je fais le plein d’énergie et retrouve, humble poussière, ma place au sein de l’univers. Les noms que je donne à mes photographies sont autant de clins d’œil destinés à projeter le visiteur dans mon univers, où l’incongru côtoie l’humour, la dérision et la réflexion.» L’ensemble des photographies accrochées est placé sous le titre ambivalent «Ce qui conte/compte». «Une série née de la nature, des éléments, de la matière, de mon amour pour tout cela et du regard que je porte sur ce qui nous entoure. Ce qui conte: ce qui m’emporte dans un monde où l’imaginaire me susurre à l’oreille des histoires fantastiques. C’est aussi ce qui compte pour moi, m’offre mon équilibre. Et j’espère qu’il en va de même pour vous.»

Belle manière de comprendre l’art de la photographie comme un partage, un échange.

Nous pensons que le second photographe de cette exposition, Eric Chatelain, ne refuserait pas cette manière de voir les choses, même si sa façon de parler de son activité photographique est davantage chargée d’expressions techniques, placée, toutefois, face à l’énoncé de la fin: «En résumé je pourrais me qualifier en tant que photographe avec ces trois mots: amateur (celui qui aime), passionné, éclectique.» Retenons cependant quelques éléments qui nous permettent de comprendre la démarche d’Eric Chatelain. A la base, sa formation: architecte et ingénieur civil, ce qui explique, côté sujets, sa prédilection pour l’architecture et les ponts, puis le fait que son père, lui-même très bon photographe, a tenu à lui léguer son matériel de son vivant. Du coup, écrit-il, «j’ai découvert un outil formidable qui permet de créer des images (ce qui diffère totalement de prendre des photos) en alliant une qualité de prise de vue incomparable par rapport à celle des smartphones, avec les possibilités sans fin de la post-production avec LightRoom et PhotoShop. – La recherche du meilleur éclairage possible pour capturer la lumière grâce aux ombres m’a conduit à explorer plein de genres différents: l’architecture, bien sûr, le minimalisme, la macro-photographie, etc.»

Notre plaisir est grand de pouvoir parler une nouvelle fois de Karel Desclouds, dessinateur et peintre, dont La Primaire a déjà exposé deux fois des œuvres. Son activité artistique ne semble pas connaître de répit. Elle est pourtant marquée du coin de la précision dans la forme du dessin et surtout d’une inventivité toujours surprenante quant aux arbres, aux animaux, aux objets. On ne peut pas s’empêcher de parler d’un véritable univers absolument unique, personnel.

 

Flurin M. Spescha, mi-septembre 2019