Diversité, source de risque ou de bonheur?

Le mot diversité est de ceux qui marquent notre temps. Que l’on parle de celle des espèces végétales et animales ou de celle, souvent source de conflits, qui actuellement règne à bien des plans de notre vie, sociale, politique ou religieuse, la diversité tend à nous apparaître plutôt comme un problème difficile à maîtriser que comme un élément enrichissant. Dans le domaine de l’art, nous croyons qu’il y a presque toujours eu alternance entre des périodes où règnait le goût pour le permanent, le «classique», et celles où l’on plaidait vigoureusement pour la nouveauté, la découverte, l’audace. A La Primaire, la prochaine exposition nous paraît faire une forte preuve de diversité. Entre les quatre exposants, tout semble varier: l’âge, la provenance, le goût, l’expérience, le cheminement.

Dans l’Espace Yves Sandrier, nous avons affaire, avec Rey One, à un artiste résolument tourné vers des formes artistiques modernes, le graffiti et le street art. Il est né en 1972 et, depuis l’âge de 18  ans, il fut «sans relâche actif sur la scène du graffiti et du street art», et cela à Genève.  Puis vient, dès 1991, un séjour d’une dizaine d’années aux Etats-Unis, à New York et à Seattle, où il étudie le graffiti à sa source pour ensuite se jeter dans une intense vie artistique personnelle, puis dans des études en communication visuelle, beaux-arts et illustration. De retour à Genève en 2001, Rey One acquiert alors par une infatigable activité toute sa carrure de «graffeur». Le titre de son exposition, «30 years of Style»/(30 ans de style) montre bien l’importance qu’il entend lui accorder et qu’il nous sera donné de découvrir et d’apprécier. «L’idée est de présenter au public le monde du graffiti et du street art vu et représenté par un des plus anciens graffeurs de Genève, toujours actif, ainsi que d’ouvrir le public à ce monde souvent fermé et difficile d’accès, le tout dans une atmosphère colorée et ludique.» Pour le non-connaisseur que nous sommes, la lecture de son texte personnel est un véritable parcours initiatique, où nous allons à la découverte d’un langage particulier et d’une expérience remarquable. Sans aucun doute, les visiteurs seront nombreux à apprécier ce que Rey One dit en terminant: «J’ai envie de transmettre cette énergie visuelle crue et spontanée, qui est tout sauf classique et conventionnelle.»

Il serait difficile d’imaginer plus grande différence dans la manière de peindre, de créer, que celle que l’on trouvera  entre celle que nous venons de voir évoquée et celle de Fereshteh Shishineh, dont les peintures seront présentées dans l’espace III. Cette artiste à la longue carrière, originaire d’Iran, est bien connue à La Primaire, car elle fut une des premières à y exposer ses travaux, les magnifiques miniatures peintes selon la tradition de son pays. Depuis, elle a opté pour d’autres formes d’expression, plus libres et plus personnelles. Nous ne pouvons faire mieux que de l’écouter parler de son travail, notamment de ses peintures représentant des arrangements floraux, des natures mortes, des livres anciens. «L’amour pour la poésie de cette expression artistique est présent dans tous mes travaux. Il fut aussi pour moi une inspiration dans ma recherche de transmettre à travers mes tableaux un sentiment de paix et d’harmonie.»

Une belle surprise nous attend dans l’espace II. Deux femmes, deux sœurs, nous initient à ce qui fait leur passion, l’une, Daphné Benasuly, pour la céramique, le modelage de l’argile, l’autre, Rachel Lellouche, pour la photographie liée à des voyages de grande ampleur. Pour elle, c’est la seconde exposition à La Primaire, après celle de 1998 sur le Carnaval de Venise.  Cette année, elle évoque «L’âme de la Chine ancienne», explorée au cours d’un long périple allant du Nord au Sud de la Chine, effectué en 2018, en compagnie de son mari et de leur fils. C’est l’évocation poignante d’un monde en train de disparaître, devant faire place à la Chine moderne. Pour cette évocation, nous lui devons toute notre reconnaissance.

Flurin M. Spescha